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Due Diligence en Suisse avant un rachat

Meta Description: Guide complet de la due diligence suisse pour le rachat d’entreprise. Vérifications financières, légales, fiscales, opérationnelles, HR, environnementales. Timeline, coûts et risques.

Catégorie: Transmission d’Entreprise
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Acheter une entreprise, c’est l’un des investissements les plus importants qu’on puisse faire. Et pourtant, on voit régulièrement des acquéreurs qui lancent une offre, l’acceptent, et découvrent trois semaines plus tard qu’il y a des impayés cachés, des litiges latents ou des problèmes d’environnement importants.

C’est exactement ce qu’on essaie d’éviter avec la due diligence.

La due diligence, c’est le processus méthodique d’examen approfondi d’une entreprise avant acquisition. En Suisse, il y a des spécificités qu’on ne retrouve pas partout ailleurs. La culture légale est différente, l’environnement fiscal a ses particularités, les réglementations sectorielles peuvent être très pointues.

Cet article vous explique étape par étape comment structurer une due diligence solide, quels sont les pièges typiques en contexte suisse, et comment planifier ce processus pour minimiser les risques.

Pourquoi la Due Diligence est Non-Négociable

Avant de rentrer dans les détails techniques, comprenons déjà pourquoi c’est si important.

Quand on achète une entreprise, on hérite de deux choses : les actifs visibles (stocks, machines, clients, marque) et les passifs cachés (dettes occultes, litiges, engagements environnementaux, problèmes de conformité).

En droit suisse, le concept de « caveat emptor » (à l’acheteur de voir) s’applique largement. Le vendeur ne vous doit pas de divulgation totale à moins qu’on le lui demande explicitement. Donc si vous ne posez pas les bonnes questions, vous découvrirez les mauvaises surprises après avoir payé.

Une bonne due diligence coûte entre 5% et 15% du prix d’achat. C’est important. Mais ça vous permet de négocier mieux (baisse de prix si on découvre des problèmes), d’identifier les pièges avant d’être engagé légalement, et d’éviter des catastrophes.

Les Cinq Piliers de la Due Diligence

1. Due Diligence Financière

C’est le cœur du sujet.

Les comptes annuels : Première étape

Vous demandez les trois à cinq dernières années de comptes annuels, déposés auprès du registre du commerce. En Suisse, toute entreprise doit déposer ses comptes. C’est un document public.

La première chose à faire : comparer les comptes déposés avec les comptes internes. Parfois, on voit des différences. C’est un signal d’alerte.

Ensuite, analysez les tendances. Les ventes augmentent ? Diminuent ? À quelle vitesse ? Les marges s’améliorent ou se dégradent ? Une entreprise avec des ventes en baisse de 20% annuels sur trois ans, ce n’est pas un bon signe, même si elle est rentable actuellement.

La position de trésorerie : C’est critique

On le voit souvent : une entreprise a du chiffre d’affaires et une apparente rentabilité, mais elle est constamment à découvert bancaire. Pourquoi ? Parce que les clients paient lentement, les stocks immobilisent du capital, les charges fixes ne bougent pas.

Analysez :
– Les jours de paiement moyen des clients
– La rotation des stocks
– Les dettes fournisseurs et leur paiement
– La structure des emprunts bancaires et leurs conditions

Un client unique qui représente 40% du chiffre, c’est un risque. Pas nécessairement un deal-breaker, mais c’est quelque chose qui devrait impacter le prix ou la structure de l’acquisition.

Les comptes clients et créances douteuses

Demandez le détail des clients. Qui doit le plus ? Depuis combien de temps ? Y a-t-il des provisions pour créances douteuses dans les comptes ?

Une provision de 2% sur les créances, c’est normal. Une provision de 10%, c’est un problème. Et si les comptes ne montrent aucune provision alors que vous voyez clairement des clients en retard depuis des mois, c’est un manipulé.

Les stocks et leur valorisation

Pour une entreprise de négoce ou manufacturing, les stocks peuvent représenter 30–50% des actifs. Comment sont-ils valorisés ? À coût historique ? Au coût standard ?

Y a-t-il du stock obsolète ? Un entrepôt rempli de produits des années 2019 qui ne se vendent plus, c’est une perte cachée.

Demandez une certification de stock indépendante. Ça coûte quelques milliers de francs, mais c’est informatif.

Passifs implicites

C’est là que les acquéreurs se font avoir. Les passifs implicites, ce sont les dettes qui ne sont pas enregistrées au bilan.

  • Factures reçues mais non comptabilisées ?
  • Provisions insuffisantes pour congés accumulés des employés ?
  • Engagements de pension non financés correctement ?
  • Contrats d’approvisionnement long terme qui pourraient devenir déficitaires ?

En Suisse, les conventions collectives de travail (CCT) créent souvent des engagements implicites. Vérifiez ce qui est couvert.

2. Due Diligence Légale et Contractuelle

Structure d’exploitation

D’abord, comprendre la structure. La cible est une SA ? Une SARL ? Une GmbH allemande avec succursale suisse ? Chaque structure a des implications légales et fiscales.

Les titres sont-ils libres de toute charge ? Y a-t-il un nantissement ou une hypothèque dessus ?

Contrats majeurs

Demandez une liste de tous les contrats significatifs :
– Contrats clients (surtout ceux au-delà de 10% du chiffre)
– Contrats fournisseurs critiques
– Contrats de financement, crédits bancaires
– Contrats immobiliers (bail, propriété)
– Contrats d’assurance
– Contrats avec les salariés clés

Vérifiez que ces contrats contiennent une clause de changement de contrôle. En droit suisse, c’est courant que les contrats se terminent automatiquement si l’entreprise est vendue. Vous achetez une entreprise avec 50% du chiffre qui s’envole à cause de clauses de changement de contrôle, c’est catastrophique.

Litiges et risques légaux

Questionnaire formel au vendeur : y a-t-il des litiges en cours ? Des contentieux fiscaux ? Des poursuites judiciaires ?

Vérifiez auprès du Registre du Commerce et du Tribunal si la cible ou ses propriétaires ont des dossiers en cours.

En Suisse, il y a peu de dossiers judiciaires publics pour les parties civiles (contrairement aux États-Unis). Donc vous devez vraiment demander au vendeur. Et vous devez pouvoir vérifier ses réponses auprès d’avocats locaux qui auraient pu être impliqués.

Propriété intellectuelle et marques

Qui détient les marques, brevets, logos ? Sont-ils enregistrés au nom de l’entreprise ? Y a-t-il des licences accordées à des tiers ?

Une PME qui vend un produit sous une marque, si la marque est au nom du propriétaire et pas de l’entreprise, vous avez un gros risque. Le propriétaire pourrait reprendre la marque et vous obliger à rebrand.

Conformité réglementaire

Selon le secteur : licences d’exploitation, permis d’importation/exportation, certifications ISO, conformité GDPR, conformité de produit.

Une entreprise de transformation agroalimentaire sans conformité HACCP, c’est un désastre. Une PME tech sans contrats de traitement des données clients, c’est un autre.

3. Due Diligence Fiscale

C’est où on découvre souvent les surprises les plus coûteuses.

Historique fiscal

Demandez les avis d’imposition des trois à cinq dernières années. Pas seulement les impôts cantonal et communal, mais aussi l’impôt fédéral.

Y a-t-il eu des contrôles ? Des redressements ? Des intérêts de retard ou des amendes ?

En Suisse, les autorités fiscales ont un droit de regard de dix ans en arrière pour certaines matières. Une entreprise qui a des comptes « créatifs » peut être rattrapée longtemps après.

Provisions fiscales insuffisantes

Les comptes provisionne-t-ils les impôts futurs ? Ou la comptabilité montre 1 million de bénéfice, mais une fois qu’on ajoute l’impôt (30–35% en Suisse romande selon le canton), c’est un bénéfice net bien inférieur.

TVA, retenues fiscales

La cible est en règle avec ses paiements de TVA trimestriels ? Les retenues fiscales sur les salaires ont-elles été versées ?

Un retard de paiement de TVA ou de retenues fiscales, c’est un passif qui devient vôtre immédiatement après l’acquisition.

Imposition des gains latents

Attention à la clause de gain latent. Si la cible a des actifs (immobilier, participations) avec une grande plus-value latente, cette plus-value pourrait être imposée à la vente. Selon la structure, vous pourriez en supporter une partie.

Avantages du statut PME

Vérifiez si la cible bénéficie de régimes fiscaux préférentiels (statut PME, exonérations régionales, etc.). Si vous changez d’activité après l’acquisition, ces avantages disparaissent.

4. Due Diligence Opérationnelle

C’est celle qu’on oublie souvent, et c’est dommagé.

Processus et systèmes informatiques

Visitez les sites. Observez les processus. Comment les commandes sont-elles traitées ? Comment les factures sont-elles générées ? La gestion d’inventaire est-elle au crayon ou informatisée ?

Les systèmes informatiques sont-ils à jour ? Une PME qui roule sur un vieux serveur Exchange 2007 non soutenu, c’est un risque de sécurité et de continuité.

Le code source, s’il y a une composante logiciel, qui en est propriétaire ? Toutes les dépendances logicielles sont-elles licensées correctement ?

Fournisseurs critiques

Qui sont les trois fournisseurs majeurs ? Y a-t-il des contrats longs et exclusifs ? Un constructeur qui dépend d’un seul fournisseur pour un composant critique, c’est un risque.

Maintenez le contact avec les fournisseurs clés pendant la transaction. Un fournisseur qui apprend après la clôture que le client a changé de main pourrait changer de posture.

Clients et contrats de vente

Vous devez vraiment parler avec les principaux clients. Pas à travers le vendeur, mais directement. Comment est leur satisfaction ? Que pensent-ils du service ? Y a-t-il des insatisfactions latentes ?

Un client qui représente 30% du chiffre d’affaires va renégocier son tarif après un changement de propriétaire. C’est normal. Estimez cet impact.

Production et qualité

S’il y a une production, visitez l’usine. Comment est l’état des machines ? Y a-t-il une maintenance régulière, ou juste du bricolage ?

Les rendements de production baissent-ils ? C’est un signal que la maintenance est insuffisante ou que le matériel vieillit.

Le contrôle qualité, est-il robuste ? Un fabricant avec un taux de rejet de 0,5% est mieux positionné qu’un avec 3%.

Environnement et santé-sécurité

C’est critique en Suisse. L’environnement, c’est sérieusement régulé.

Une fabrique chimique : y a-t-il eu des incidents ? Le sol est-il potentiellement contaminé ?

Un restaurant : respecte-t-il les normes d’hygiène ? Y a-t-il eu des rapports de contrôle ?

Les risques environnementaux et de sécurité deviennent vôtres. Demandez une audit HSE (Health, Safety, Environment) indépendant si c’est un secteur à risque.

5. Due Diligence RH et Compétences

Effectif et contrats

Demandez la liste complète des salariés, leur fonction, leur ancienneté, leur salaire. Y a-t-il des contrats à durée indéterminée ou déterminée ?

Quelles personnes sont clés ? Si le PDG part le jour du closing, qu’est-ce que vous perdez ?

CCT et obligations de travail

La cible est soumise à une convention collective ? Quelles sont les obligations (salaires minimums, temps de travail, congés, primes, retraite) ?

Beaucoup d’acheteurs découvrent trop tard qu’une CCT leur impose des coûts de personnel bien plus élevés que prévu.

Risques de départ

Identifiez les collaborateurs clés et leur risque de départ post-acquisition. Un ingénieur qui est le seul à connaître l’architecture logicielle : vous le gardez comment ? Prime de rétention ? Engagement écrit ?

Dettes de congés

Les salariés ont accumulé combien de congés impayés ? En Suisse, ça peut être significatif. Un accord de travail dit « 31 jours de congés non pris » = un passif réel.

Timeline Typique d’une Due Diligence Suisse

Semaines 1–2 : Préparation
– Envoi de la data room (documents de la cible)
– Signature de l’accord de confidentialité
– Premier tour des documents financiers

Semaines 2–4 : Analyse financière et légale
– Analyse des comptes et tendances
– Vérifications des contrats majeurs
– Appels exploratoires avec le management
– Demandes spécialisées (droit du travail, environnement, etc.)

Semaines 4–6 : Vérifications opérationnelles
– Visite des sites
– Entretiens avec le management étendu
– Questionnaires détaillés sur les processus
– Vérifications auprès des autorités (registres, contrôles passés)

Semaines 6–8 : Finalisation et rapports
– Audit indépendant si nécessaire
– Synthèse des findings
– Rapport de due diligence
– Négociation basée sur les découvertes

Total : 8–10 semaines pour une petite-moyenne cible. Jusqu’à 16–20 semaines pour une cible complexe.

Les Red Flags : Quand Dire Non

Non-coopération du vendeur :
Si le vendeur refuse une due diligence raisonnable, c’est généralement un mauvais signe. Pourquoi cacher ?

Données financières incohérentes :
Si les comptes déposés diffèrent des comptes internes, c’est un problème. C’est rare par accident.

Clients qui partent :
Si plusieurs grands clients disent « nous étions déjà en discussion pour partir », c’est un problème grave.

Salaires ou contrats standards manquants :
Pas de contrats de travail formels, salaires au cash, arrangements informels, ça pose un risque légal et de continuité.

Matériel ou infrastructure obsolète :
Si la base opérationnelle est vieillie et qu’aucun investissement n’est prévu, vous allez hériter d’une PME qui stagne.

Problèmes environnementaux ou de sécurité :
Si un audit révèle des contaminations, des pratiques non-conformes, c’est potentiellement très coûteux à remédier.

Dépendance client extrême :
Un seul client représentant plus de 50% du chiffre, c’est un risque systémique.

Coûts Typiques d’une Due Diligence

  • Audit financier indépendant : 15 000–40 000 CHF
  • Audit légal et contrats : 10 000–30 000 CHF
  • Audit fiscal : 8 000–20 000 CHF
  • Audit opérationnel/industrie spécifique : 10 000–25 000 CHF
  • Audit environnemental/HSE : 5 000–20 000 CHF
  • Audit informatique : 5 000–15 000 CHF
  • Conseil en intégration post-acquisition : 10 000–50 000 CHF

Total : 60 000–200 000 CHF selon la complexité.

C’est important, mais c’est 2–5% du prix d’achat pour une cible moyenne. Et ça vous permet souvent de négocier le prix de 10–20% si on découvre des problèmes.

Aspects Spécifiques aux Acquisitions en Suisse

Structure d’acquisition :
En Suisse, on peut acquérir les titres (les parts ou actions), ou les actifs spécifiques. L’acquisition de titres transmet tous les passifs (connus et inconnus). L’acquisition d’actifs est plus selective mais plus compliquée administrativement.

Responsabilités du nouveau propriétaire :
Même si vous achetez les titres, les dettes antérieures liées à l’exploitation restent. Les dettes fiscales, les dettes salariales, elles deviennent les vôtres. Vérifiez qu’aucune dette cachée n’existe.

Imposition de la transaction :
Il y a généralement une taxe de mutation immobilière si des immeubles changent de main. À prévoir dans le budget.

Délai de dénonciation :
En droit suisse, les recours pour vices cachés doivent être intentés rapidement après découverte. Pas des années plus tard. D’où l’importance de bien vérifier en amont.

Optimiser le Processus

Engagez des spécialistes tôt :
Pas attendez la signature de l’accord. Des avocats, comptables et consultants sectoriel engagés dès le début structurent mieux.

Planifiez en phases :
Phase 1 : screening rapide des sources publiques.
Phase 2 : deep dive sur les sujets risqués identifiés.
C’est plus efficace que de tout creuser en profondeur.

Maintenez une data room organisée :
Demandez au vendeur d’organiser les documents dans une structure logique. Ça accélère l’analyse.

Préparez des questionnaires :
Plutôt que des entretiens ad-hoc, des questionnaires formels permettent de poser les mêmes questions systématiquement. Les réponses écrites sont aussi une trace.

Pour Conclure

La due diligence, c’est un investissement. Mais c’est un investissement qui protège votre plus gros achat. Une due diligence mal faite ne vous coûte rien au moment de la signature, mais vous coûte énormément après.

En Suisse, où l’environnement légal et fiscal est complexe et changeant, une due diligence solide n’est pas une option, c’est une nécessité.


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