Aller au contenu principal
CEM Consulting +41 79 550 12 55 Prendre rendez-vous
Relocation

S’installer en Suisse pour entreprendre : démarches et permis

L’une des questions que je reçois le plus souvent par email commence ainsi : « Je veux m’installer en Suisse et créer ma propre entreprise. Par où je commence ? » Et honnêtement, cette question englobe tellement de dimensions, administratives, fiscales, de timing, que je comprends pourquoi elle paraît insurmontable à celui qui la pose.

Ce que j’ai appris après avoir aidé des dizaines d’entrepreneurs à franchir cette étape, c’est qu’il n’existe pas une seule « bonne voie ». Tout dépend de votre nationalité, du secteur dans lequel vous travaillez, du canton où vous envisagez de vous établir, et du timing de votre projet. Mais il existe des chemins clairs, si on sait les connaître.

Permettez-moi de partager ce système de pensée qui a aidé mes clients à ne pas perdre six mois en administratif inutile.

Les permis suisses : le cadre général

Avant toute chose, comprendre le système des permis suisses. Il y a essentiellement quatre types de permis qui vous concernent en tant qu’entrepreneur : le permis B, le permis C, le permis L, et le permis G. Chacun correspond à une situation différente.

Le permis B, c’est le permis d’une année. Votre employeur décide de vous sponsoriser pour une année. C’est généralement le point d’entrée pour un travailleur étranger qui arrive en Suisse. Mais pour un entrepreneur qui veut créer sa propre entreprise, ce n’est pas le bon chemin.

Le permis C, c’est la permission d’établissement. C’est le Graal pour celui qui s’installe en Suisse définitivement. Vous l’obtenez après avoir eu un permis B pendant une certaine période (généralement cinq ans) ou dans certains cas spéciaux, après trois ans. Avec un permis C, vous êtes libre de vous établir et de créer votre entreprise sans restriction supplémentaire.

Le permis L, c’est un permis temporaire pour les activités lucratives indépendantes. C’est celui-ci qui vous intéresse probablement au démarrage.

Le permis G, enfin, c’est pour les frontaliers. Vous vivez en France, en Allemagne, ou en Italie, et vous travaillez quotidiennement en Suisse.

Voilà pour la structure globale. Maintenant, creusons.

Citoyens de l’UE/AELE : un parcours plus fluide

Si vous êtes citoyen de l’Union européenne ou de l’AELE (Islande, Liechtenstein, Norvège), vous avez un avantage considérable. L’Accord de libre circulation des personnes (ALP) vous offre une liberté que n’ont pas les ressortissants d’autres pays.

Voici ce qui se passe réellement : vous arrivez en Suisse et vous vous inscrivez à la commune où vous envisagez de vivre. Vous devez justifier que vous avez les moyens de vivre (capital suffisant, revenus, ou un employeur), et c’est à peu près tout. Vous n’avez pas besoin de permis B préalable. Vous n’avez pas besoin de demander l’autorisation de créer une entreprise.

Vous pouvez directement créer votre entreprise. Vous vous inscrivez au Registre du Commerce du canton où se trouve votre siège social, et voilà. C’est étonnamment simple pour qui connaît la bureaucratie suisse.

Maintenant, dans la pratique, il y a quelques nuances. Vous devez vous inscrire auprès des autorités locales dans un délai raisonnable (généralement deux semaines après arrivée). Vous devez avoir un domicile en Suisse. Et si vous ne cotisiez pas avant à l’assurance-chômage suisse, vous commencez à le faire une fois inscrit comme travailleur indépendant.

Un cas concret : un entrepreneur français que j’ai accompagné a créé une agence de design à Genève en 2023. Il est arrivé avec une lettre de sa banque française confirmant qu’il avait 60 000 euros sur son compte. Il s’est inscrit à la mairie de Genève, a attendu deux semaines, puis s’est enregistré au Registre du Commerce. Trois semaines après son arrivée, il était officiellement en activité. Aucun permis de travail demandé, aucune approbation d’employeur. La seule complication : la banque suisse où il voulait ouvrir un compte lui a demandé un avis de non-imposition de France. Mais ça, c’est une autre histoire.

Si vous êtes citoyen de l’UE/AELE et que vous envisagez de créer une entreprise en Suisse, ne vous laissez pas raconter que c’est compliqué. C’est vraiment plus simple que pour un ressortissant américain, indien, ou chinois.

Ressortissants extra-UE : un chemin plus complexe

Si vous n’êtes pas citoyen de l’UE/AELE, le chemin est différent. Vous devrez obtenir un permis B au départ, et éventuellement passer à un permis C ultérieurement.

Ici, la procédure c’est : vous trouvez un employeur en Suisse qui souhaite vous sponsoriser. Cet employeur demande à l’Office Cantonal de l’Emploi (ou l’autorité équivalente) un permis de travail. Si c’est approuvé, vous recevez une autorisation et vous pouvez faire votre visa de travail auprès de l’ambassade ou du consulat suisse de votre pays.

Mais voilà le problème pour un entrepreneur : comment trouver un employeur qui vous sponsorise si vous venez créer votre propre entreprise ? Vous ne pouvez pas auto-sponsoriser un permis B.

Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Je vais vous dire les trois chemins que j’ai vus fonctionner.

Chemin un : Créer une entité en Suisse sans y être présent initialement. Vous créez une SÀRL ou une SA depuis votre pays d’origine (ou avec l’aide d’un notaire/avocat en Suisse). Ensuite, vous demandez à cette entité suisse de vous sponsoriser pour un permis B en tant que gérant ou directeur général. C’est légal. Les autorités voient que vous avez créé une entreprise suisse qui a besoin de vous. Ça peut fonctionner. J’ai accompagné une brésilien qui a créé une SA de consulting de cette manière en 2022. Trois mois après la création de sa SA, il a demandé un permis B en tant que directeur général. Approuvé.

Le point clé : les autorités doivent croire que vous avez réellement créé une entreprise solide, pas juste un véhicule vide pour immigration. Vous devez avoir un domicile en Suisse (ou en trouver un rapidement), un plan d’affaires crédible, et suffisamment de capital.

Chemin deux : Entrer en Suisse avec un permis B pour un emploi régulier d’abord, puis créer votre entreprise. Vous trouvez un emploi en Suisse, vous obtenez un permis B, vous travaillez pendant deux-trois ans, vous vous constituez un réseau, et vous créez votre entreprise en parallèle ou ensuite. C’est plus long, mais c’est la route garantie. Beaucoup d’entrepreneurs que j’ai vus passent par là. Ils économisent aussi pendant ce temps-là.

Chemin trois : Vous êtes un investisseur important. Certains cantons (Zurich, Bâle, Genève) ont des programmes spéciaux pour les entrepreneurs avec un capital significatif. Si vous investissez 250 000 francs ou plus dans une entreprise suisse, vous pouvez obtenir un permis de travail indépendant. C’est coûteux, mais c’est direct.

Le rôle critique du canton

Ici, je dois être très direct : le canton où vous envisagez de vous établir fait toute la différence.

Zurich est réputé pour ses procédures efficaces. Les délais d’enregistrement au Registre du Commerce sont généralement rapides (une à deux semaines). Les autorités sont expérimentées avec les entrepreneurs. Mais c’est le canton le plus cher pour la vie, loyer, frais généraux, tout.

Genève est international. Beaucoup d’entrepreneurs y viennent pour cela. Les procédures sont aussi fluides qu’à Zurich. Les services en anglais sont disponibles. Mais encore une fois, c’est cher, et les taxes sont plus élevées.

Le Valais et Vaud offrent des fiscalités plus avantageuses. Les communes sont souvent plus petites et peuvent être moins bureaucratiques. Mais vous êtes plus loin des grands marchés (sauf si votre marché est vraiment en ligne).

Bâle-Campagne, c’est une zone intéressante, efficacité, fiscalité décente, plus abordable que Zurich.

Lucerne, c’est populaire auprès des entrepreneurs suisses qui veulent une vie moins urbaine. Les procédures sont efficaces. C’est moins cher.

J’ai un cas en tête : un couple de entrepreneurs français et canadiens qui envisageait de s’installer en Suisse. Ils ont d’abord pensé à Genève (international, ils connaissaient), mais après calcul, s’installer à Vernier (canton de Genève, mais région avec fiscalité légèrement différente) vs s’installer à Bâle, ils ont économisé environ 15 % en impôts sur trois ans et 20 % en loyer. Ils ont choisi Bâle. Ils ne le regrettent pas.

Les démarches pratiques : étape par étape

Supposons que vous êtes un citoyen de l’UE et que vous envisagez de créer une entreprise. Voici le chemin que je recommande.

Mois 1 : Recherche et préparation

Avant même d’arriver en Suisse, vous devez avoir :
– Un plan d’affaires sommaire (deux pages suffisent pour vous-même)
– Une estimation de capital que vous allez investir
– Une idée du canton où vous allez vous établir
– Un domicile, ou au moins une adresse de correspondance

Le domicile, c’est important. Vous ne pouvez pas créer une entreprise sans adresse professionnelle en Suisse. Si vous n’avez pas encore trouvé un logement, des services offrent des adresses de correspondance pour les entrepreneurs (environ 50 à 100 francs par mois). C’est utilisé par beaucoup.

Mois 2 : Arrivée et inscription

Vous arrivez en Suisse et vous vous présentez à la mairie de votre commune. Vous demandez une inscription au registre des habitants. Vous apportez :
– Votre passeport
– Un contrat de location ou une preuve de domicile
– Une preuve de moyens financiers (relevé bancaire, lettre d’employeur, etc.)

Après inscription, vous recevrez un « Certificat d’établissement » qui atteste que vous êtes résidents en Suisse. C’est important pour tous les papiers qui vont suivre.

Mois 2-3 : Enregistrement de l’entreprise

Vous allez maintenant enregistrer votre entreprise auprès du Registre du Commerce (Registre du Commerce cantonal pour votre canton). Vous devez apporter :
– Les statuts de votre entreprise (SÀRL ou SA)
– Votre certificat d’établissement
– Un document d’identité
– Une liste de tous les associés/actionnaires et leurs signatures

La plupart des cantons acceptent une inscription en ligne. Les frais d’enregistrement varient de 200 à 800 francs selon le canton. Les délais sont généralement de une à trois semaines.

Mois 3 : Inscriptions auprès des autorités sociales

Une fois enregistré comme entrepreneur, vous devez vous inscrire auprès de la Caisse de Compensation (pour l’AVS/AI/APG) et auprès d’une assurance-chômage (même si vous êtes indépendant, la cotisation existe).

Vous devez aussi, rapidement, choisir une assurance responsabilité civile professionnelle si votre secteur l’exige.

Mois 3-4 : Banque et TVA

Vous ouvrez un compte bancaire professionnel. Ici, les banques vont vous poser des questions sur votre entreprise. Apportez votre Registre du Commerce et vos statuts.

Ensuite, vous déterminez si vous êtes assujettis à la TVA. Si votre chiffre d’affaires prévu dépasse 100 000 francs par année, vous devez vous enregistrer à la TVA (obligatoire). En dessous, c’est optionnel (mais souvent avantageux).

Les délais réalistes

Je me suis rendu compte que beaucoup d’entrepreneurs sous-estiment les délais. Voici ce qui est réaliste.

De votre première réflexion à la première activation : quatre à six mois.

Pourquoi quatre à six et pas deux ? Parce qu’il y a des délais entre chaque étape. Vous arrivez (2-3 semaines), vous vous inscrivez à la commune (une à deux semaines), vous préparez vos statuts avec un notaire/avocat (une à deux semaines), vous enregistrez votre entreprise (une à trois semaines), vous vous inscrivez à la TVA et à l’AVS (une à deux semaines).

De la décision à vraiment commencer à facturer : trois mois minimum.

C’est la question que les entrepreneurs me posent toujours : « Combien de temps avant je peux vraiment commencer ? » Honnêtement, si vous êtes hyper efficace et que tout s’aligne (autorités qui traitent rapidement, pas de problèmes d’inscription), vous pouvez le faire en 6-8 semaines. Mais je vois plus souvent trois mois.

Les erreurs courantes (et comment les éviter)

Erreur 1 : S’inscrire au Registre du Commerce avant d’avoir un domicile en Suisse

J’en ai vu des cas. Un entrepreneur crée sa SÀRL depuis le Canada, puis arrive en Suisse deux mois plus tard. Entre-temps, il a reçu des courriers administratifs à une adresse invalide. Compliqué à résoudre.

La bonne pratique : ayez votre domicile (ou votre adresse de correspondance) avant de faire une inscription au Registre du Commerce.

Erreur 2 : Ne pas vérifier les implications de TVA

Un designer français créait une petite agence web en Suisse. Elle pensait rester sous le seuil de 100 000 francs et ne pas s’enregistrer à la TVA. Résultat : dans les six mois, elle avait des contrats et dépassait les 100 000. Elle aurait dû s’enregistrer à la TVA trois mois avant. Les délais pour rattraper ça ont été compliqués.

La bonne pratique : anticipez votre chiffre d’affaires et inscrivez-vous à la TVA dès le mois 1 ou 2, même si optionnel.

Erreur 3 : Choisir le mauvais canton au démarrage

J’ai accompagné un entrepreneur qui s’était établi à Lugano parce qu’il pensait que le Tessin était moins cher. C’était vrai pour le loyer, mais pas pour les impôts. Dix-huit mois plus tard, il s’était réinstallé à Bâle-Campagne.

La bonne pratique : comparez les impôts (même estimés) avant de choisir votre canton. Les impôts, ce n’est pas cosmétique.

Erreur 4 : Négliger l’assurance responsabilité civile

Certains secteurs l’exigent, d’autres non. Mais je recommande à presque tous de l’avoir. C’est environ 1500-3000 francs par année. Ça paraît cher ? Ça l’est, comparé à zéro. Mais une réclamation sans assurance ? C’est catastrophique.

La bonne pratique : souscrivez une assurance responsabilité civile professionnelle dès le mois 2.

Le coût réel de s’installer

Ici, je vais être honnête sur les chiffres.

Création de l’entreprise : 500-1500 francs (selon structure et canton).
Inscription au Registre du Commerce : 200-800 francs.
Adresse de correspondance (si nécessaire pour trois mois) : 150-300 francs.
Assurance responsabilité civile professionnelle : 1500-3000 francs/année.
Ouverture compte bancaire professionnel : souvent gratuit (si dépôt initial de 5000+ francs).
Consultation juridique pour statuts : 500-2000 francs (ou gratuit si vous utilisez des modèles standards).

Total réaliste pour démarrer : 4000-10 000 francs.

C’est sans compter votre loyer, vos frais de transport, votre capital d’exploitation. Mais pour la partie purement administrative et légale, vous êtes autour de 5000-8000 francs.

Ce que je dis toujours aux entrepreneurs qui arrivent

La Suisse est bureaucratique, oui. Mais c’est une bureaucratie prévisible. Si vous suivez le chemin étape par étape et que vous préparez bien votre documentation, les délais sont raisonnables et le coût est gérable.

Le plus grand risque, c’est de commencer à improviser. D’arriver sans adresse, de créer une entreprise sans avoir pensé à la TVA, de choisir un canton au hasard. Ce sont ces petites décisions qui créent des complications à moyen terme.

Ma recommandation : prenez deux à trois semaines pour vraiment planifier. Regardez différents cantons. Estimez vos coûts réels. Préparez vos documents. Et ensuite, lancez-vous. Vous serez surpris de voir à quel point ça se déroule bien si c’est bien préparé.


Si vous êtes au stade où vous envisagez sérieusement de vous installer en Suisse en tant qu’entrepreneur et que vous avez besoin d’être guidé à travers les démarches et d’éviter les pièges, nous pouvons vous accompagner. De la structure juridique au choix du canton en passant par les inscriptions administratives, il y a de véritables gains d’efficacité à avoir quelqu’un qui connaît le système. N’hésitez pas à nous contacter pour une première discussion.

Une question sur votre propre situation ?

Trente minutes pour l'exposer et savoir ce qui se traite, ce qui ne se traite pas chez nous, et ce que cela coûterait.